> La théorie du Donut : Vers un nouveau paradigme économique et politique

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L'humanité court à sa perte au nom de leurs profits !

Face au désastre écologique, social et humanitaire vers lequel court l’humanité, la théorie du Donut ouvre la voie au changement de cap dont nous avons besoin. Au-delà des choix à mettre en œuvre pour limiter les bouleversements écologiques, nous allons devoir construire d’autres manières de faire société, de répondre à nos besoins et d’organiser les solidarités collectives.

Visant la construction d’un espace sûr et juste pour l’humanité, la théorie du Donut définit un cadre de pensée et d’action qui permet d’élaborer collectivement les meilleures réponses face aux défis du 21e siècle. Amsterdam, Bruxelles, Genève et Grenoble ont déjà adopté le Donut comme boussole pour définir, avec les acteurs économiques et sociaux de leur territoire, leurs projets à moyen et long termes. Au-delà de ces expériences, le présent livret montre comment la théorie du Donut pourrait étayer un projet de changement de système global, dans une perspective post-capitaliste et de post-croissance.

Cette approche de la théorie du Donut peut aujourd’hui s’appuyer sur l’important travail de recherche mené sous la direction de Julia Steinberger, professeure à l’université de Lausanne, dans le cadre du projet REAL. Ce projet se donne pour objectif de « développer les connaissances analytiques, théoriques et de modélisation nécessaires à un changement systémique radical » : https://www.realpostgrowth.eu/fr/home-fra/

Il est urgent de mettre en synergie des différentes approches, expériences et engagements citoyens, syndicaux et politiques en vue d’aboutir à un projet d’alternative économique et politique radical et fédérateur à la hauteur des défis que nous devons relever.

La théorie du Donut a été élaborée en 2018 par l’économiste Kate Raworth travaillant alors pour OXFAM en Angleterre. Proposant une alternative aux théories économiques dominantes, elle trace une voie sûre et juste pour l’humanité située entre les impératifs écologiques et sociaux. Elle propose un outil d’évaluation et d’orientation des activités économiques et des politiques publiques. Cet outil rigoureux et pédagogique s’inspire visuellement du biscuit du même nom en forme de couronne. Son bord intérieur représente le plancher social qu’il faudrait garantir et son bord extérieur, les limites planétaires qu’il ne faudrait plus dépasser.

– Les critères d’évaluation des impacts sociaux concernent d’une part, l’accès à l’eau, à l’alimentation, au logement, à l’énergie, à la santé, à l’éducation, au transport, ainsi qu’au travail et à des revenus satisfaisants. Ils concernent d’autre part, l’équité sociale, l’égalité femmes hommes, la démocratie et la paix.
– Les critères d’évaluation des impacts écologiques concernent le climat, la biodiversité, les sols, l’air, l’eau douce et les océans, ainsi que la couche d’ozone et les pollutions chimiques.

Face aux impasses du système fondé sur la croissance du PIB, sur le libre échange et sur la baisse des prélèvements et des dépenses sociales et écologiques au profit des actionnaires, le Donut définit un nouvel horizon et une nouvelle vision du monde vers lesquels nous devons tendre pour garantir des conditions de vie souhaitables, maintenant et pour les générations futures.

La théorie du Donut nous invite à organiser la coopération et la solidarité en vue de développer ce qui nous est bon et utile et de faire décroître ce qui nous est néfaste à toutes les échelles territoriales et institutionnelles.

A chaque niveau territorial, cette perspective permet de mettre en synergie les différents acteurs institutionnels, économiques et citoyens en vue :
– de mettre fin aux logiques qui détruisent les équilibres vivants et qui menacent notre survie collective,
– de développer les moyens de répondre de la meilleure manière aux besoins essentiels de toutes et tous.

Ouvrant la voie à une rupture effective avec le néolibéralisme et le productivisme, en opposition avec les replis identitaires et les idéologies d’extrême droite, cet horizon écologique et social universel nous donne une perspective politique constructive pouvant réveiller l’élan et la mobilisation nécessaire pour changer de cap.

Visant la construction d’un espace sûr et juste pour l’humanité qui réponde aux besoins sociaux en respectant les impératifs écologiques, la théorie du Donut propose un changement de paradigme capable de fédérer les forces politiques de gauche et écologistes, les organisations syndicales et citoyennes, les structures de l’économie sociale et solidaire, ainsi que toutes les personnes qui souhaitent construire une alternative juste et durable au système dévastateur actuel.

Au sein de ce projet global, l’ensemble des transformations, des mesures et des projets que nous défendons du local au national, peuvent trouver un sens commun entrant en résonance avec les aspirations du plus grand nombre.

Pour répondre aux besoins humains tout en respectant les limites planétaires, la loi du marché et des profits financiers doit laisser place à celle de la coopération et de l’entraide sociale et économique. La production des biens et des services essentiels à toutes et tous nécessite d’être organisée, régulée et planifiée démocratiquement pour garantir un mieux vivre social associé à la préservation des ressources et des écosystèmes vivants.

Afin de garantir un panel de droits universels répondant aux critères sociaux et écologiques du Donut, le renforcement, l’élargissement et la gestion démocratique des Services publics et de la Sécurité sociale pourraient constituer le premier axe de ce changement de système économique.

Associé à la reprise en main des Services publics et au développement d’une Sécurité sociale écologique élargie, un vaste secteur d’économie conventionnée, privilégiant l’usage à la propriété et répondant aux principes de gestion des « communs », pourrait être soutenu et organisé avec la participation démocratique du plus grand nombre.

Pour mettre en œuvre ce changement de cap politique et économique, nous avons besoin de développer de nouvelles pratiques démocratiques impliquant la population, les organisations citoyennes et syndicales, ainsi que les actrices et les acteurs économiques, au sein d’instances de codécision organisées du local au national.

Des assemblées citoyennes, constituées par tirage au sort ou sur la base du volontariat, pourraient être partout associées aux instances de décision, comme c’est le cas pour la régie métropolitaine de l’eau du grand Lyon. Les bénéficiaires autant que les salarié·es des Services publics et des entreprises conventionnées pourraient être associé·es aux décisions de gestion relevant de l’intérêt général et du bien commun.

Ces nouvelles pratiques et ces transformations à mettre en œuvre en référence à la théorie du Donut pourraient être intégrées au projet de nouvelle constitution visant l’instauration d’une 6e république véritablement écologique, sociale et démocratique.

Aujourd’hui, les règles de droit international conçues pour faire barrage à la barbarie sont délibérément bafouées par les pays qui les ont fait advenir. Les puissances dites « civilisées » soutiennent les logiques meurtrières, criminelles et génocidaires. Les résolutions internationales de l’ONU n’ont plus d’impact sur l’action des États belligérants.

Sachant que la dégradation accélérée des conditions de vie sur Terre va exacerber les tensions entre les peuples et les États, le fonctionnement des instances internationales de l’ONU doit être impérativement repensé, et leur pouvoir renforcé, pour garantir la paix et la justice pour toutes et tous. La fabrication et le commerce des armes doivent être strictement contrôlés et limités.

En référence aux critères sociaux et écologiques du Donut, dans la perspective de construction d’un espace sûr et juste pour l’ensemble de l’humanité, tout doit être fait pour que l’ONU puisse garantir la mise en œuvre des actions qui permettront de relever les défis sociaux, écologiques, démocratiques et de paix pour les prochaines décennies.