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Le projet Sécurité sociale écologique constitue l’un des axes du projet de « Démocratie sociale écologique » que nous voulons faire advenir.
Voulant contenir l’activité humaine sous un « plafond écologique » respectant les limites planétaires, il est indispensable de garantir dans le même temps un « plancher social » fondé sur la justice et le droit, garantissant à toutes et tous des conditions de vie satisfaisantes dans la durée. (Théorie du Donut élaborée par l’économiste Kate Raworth*). C’est la condition pour engager le plus grand nombre dans une mobilisation porteuse d’espoir face aux défis du 21e siècle.
Avec cet objectif, nous proposons d’organiser la réponse aux besoins essentiels de toutes et tous grâce à la reprise en main démocratique et l’élargissement du système de Sécurité sociale et des services publics, mettant en œuvre un panel de droits universels fondés sur :
- la mutualisation d’une part importante de la richesse collective,
- la gestion par et pour les intéressée.e.s,
- la préservation des ressources et la sauvegarde des écosystèmes vivants.
Dans un contexte d’inégalités en pleine explosion, pour éviter les déchirures humaines, les guerres et les catastrophes humanitaires, nous allons devoir organiser cette mutation d’ampleur de manière radicalement solidaire.
Aucune mesure contraignante, qui ne viserait pas prioritairement les plus riches et les principaux responsables de la surchauffe planétaire, ne pourra être acceptée par la majorité de la population.
Aucune politique écologique à la hauteur des défis ne pourra être mise en œuvre sans s’attaquer avec la même détermination aux injustices sociales.
Seule l’implication accrue du plus grand nombre, dans les décisions à prendre et dans leur mise en œuvre, pourra permettre de tracer la voie vers un avenir souhaitable que nous voulons heureux.
La « Sécu » comme modèle et comme source d’inspiration
Pour construire cet élan collectif de masse, nous avons besoin d’un projet de grande transformation, inspirant et fédérateur, ouvrant la voie à la concrétisation des aspirations communes les plus essentielles.
Même s’il doit être institué par voie législative, ce projet doit dépasser les programmes électoraux, en engageant la population dans son élaboration et sa mise en œuvre.
Il doit être institué pour durer, au-delà des aléas et des possibles retournements politiques, en étant inscrit dans la constitution et en étant géré démocratiquement, de manière indépendante de l’État et protégé des lobbies financiers.
Après 1945, le Conseil national de la résistance, issu d’une mobilisation radicale contre le fascisme où la classe ouvrière a pris une part déterminante, a donné naissance à un grand projet inédit garantissant la santé et la protection sociale à vie pour toutes et tous.
Entre 1946 et 1947, Ambroise Croizat, ministre du travail, communiste et responsable syndicaliste, porté par la détermination de plusieurs millions de militant.es de la CGT, a organisé sa concrétisation sur des bases d’égalité et de justice sociale faisant exemple à l’échelle planétaire.
Le régime général de la Sécurité sociale a été institué selon le principe de démocratie sociale. Mutualisant une part importante de la richesse produite grâce aux cotisations prélevées proportionnellement aux moyens de chacun.e, garantissant les droits à la santé, au chômage et à la retraite à tous les habitant.es du territoire et étant gérée par et pour les bénéficiaires, la Sécurité sociale a transformée en profondeur la réalité de vie de toute la population.
Malgré les déconstructions imposées par les pouvoirs politiques successifs répondant aux volontés patronales et néolibérales, « la Sécu » s’est inscrite dans notre vécu collectif comme une institution au service du bien-être de l’ensemble de la population. Elle est toujours inspirante à l’échelle nationale et internationale.
Face aux défis sociaux, écologiques et solidaires actuels, ce grand projet, étendu à l’ensemble des besoins essentiels, peut permettre d’engager la mutation que nous souhaitons pour garantir notre bien-vivre, aujourd’hui et pour les générations futures, hors des logiques de profit.
De la reprise en main de la « Sécu » à son extension
Aujourd’hui, l’objectif de reprise en main citoyenne et d’élargissement des champs couverts par la Sécurité sociale suscite un intérêt perceptible dans de nombreux réseaux associatifs, syndicaux et politiques.
Le collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation est porteur du projet le plus élaboré en matière de droit nouveau à instituer. Mais d’autres besoins essentiels paraissent nécessaires à couvrir dans une perspective sociale et écologique affirmée. Ils concernent notamment le logement, l’énergie, l’eau, ainsi que le transport, voire les vêtements ou la culture…
Nous appuyant sur les travaux et plusieurs échanges avec des spécialistes de ces questions, nous tâchons de préciser dans ce livret ce que pourrait être cette « Sécurité sociale et écologique universelle » ici nommée SSEU.
Visant la mise en œuvre d’une véritable démocratie sociale, écologique et solidaire, ce projet nous semble capable de réveiller l’élan qui caractérise les temps où tout doit et peut changer !
